D-23

Salida de Calle : Grau
[hereditario]

C’est un lieu de prostitution de mineurs. Elles attendent les taxi-clients.
Les filles, les garçons, les adultes, les jeunes mères trainent là.
Petit tour avec Nilda et Edu.
J s’approche, un nouveau visage pour moi. Je lui propose le Mémoria.
Jeu de palets de bois sur lequel sont dessinés des bonhommes, des animaux
à retourner et à découvrir son semblable.
Se souvenir de l’endroit où il était situé.
Nous retournons à tour de rôle le vautour 1 et le vautour 2
en faisant semblant de le chercher encore.
J ne retrouve pas la paire.
La mémoire lui fait défaut et à 15 ans,
elle n’est pas meilleure que celle d’un enfant de 5 ans.
Il fume directement dans la boite, pas de bolsa, pas d’air.
La boite collé sous le t-shirt et les mains à l’intérieur.
La bouche en contact permanent avec le tissu.
Il sourit avec toute la douceur du monde
quand il ne tombe pas sur le vautour pour la énième fois.
A la lueur de ses yeux, je sens que sa vue se brouille.
Je sens son absence. Il pleure et il sourit en silence.
J’apprends plus tard qu’il est un peu retardé
et l’idée que sa mère n’ait pas pris soin de son corps pendant sa grossesse
me vient tout de suite à l’esprit.
Hier déjà nous avions retrouvé L enceinte de 7 mois la bolsa collé au visage.
C’est un cycle.
La boucle ne s’interrompt donc jamais ?
Un corps infecté donne naissance à un corps écorché
et le poids de l’histoire fait à nouveau écho.
Je lance un Ludo avec G, J et W.
Quel gaieté de jouer avec des enfants qui ne fument pas.
Les échanges, rires et blagues dansent sous mes yeux.
Trois motos de flics débarquent.
La rue se vide mais ça n’a pas l’air d’ennuyer les gamins avec qui je joue.
Éblouie par un phare fort puissant,
je reconnais la silhouette d’Édu et du motard à quelques mètres.
Il nous somme de partir, la négociation est longue mais nous resterons.
Plus tard, nous retrouvons la mère de D (15 ans),
elle est venu récupérer son fils dans la rue.
Sur son polo, le sigle coloré d’un lycée. Il consume depuis peu.
Nous connaissons sa sœur qui déjà se prostituait dans le même quartier.
Sur le chemin nous encadrons l’enfant indocile qui tente encore de s’échapper.
Sa mère, qui a un cheveux sur la langue et qui semble avoir un handicape mental lui dit :
- Je suis venu ici et je vais te coller, tu me connais, je ne vais pas te lâcher.
D : Laisse moi, pééééééé ……. je ne veux pas rentrer !
Difficilement, nous les mettons dans un taxi pour Las Flores.
Je rentre et pas un cafard sur le chemin ce soir.

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