D-24

La Batida

Ça devait bien arriver un jour ou l’autre.
Edu, Laure et moi, comme toujours cherchons des visages familiers,
ou étrangers d’ailleurs, mais mineurs.
T (14 ans), sur les trottoirs de Grau et triste dans les yeux,
travaille pour manger puisqu’il n’y a pas assez dans sa maison de Chorillos.
Ses mains caressent son ventre,
- Je lui demande si elle a mal …oui
- Depuis combien de temps ? …je sais pas : 1 semaine ou 2.
Le ventre a cette petite rondeur,
T a les mains bien collées sur les reins et j’ai peu de doute.
- Depuis combien de temps n’as tu pas eu tes règles ?… 2 mois.
Les yeux braqués vers Edu, je me prépare mentalement à initier un suivi de grossesse.
Quand Edu, sans façon, invite la gamine à un taller de prévention.
- Tu te protèges ?…il lui demande.
Et dans ma tête j’explose…
- mais il est trop tard Edu, il faut agir ! …qu’elle prenne soin de son corps,
qu’elle arrête le Terokal, qu’elle…
oublions l’avortement, il est interdit au Pérou, (…ah ! mon Dieu tant chéri des péruviens).
Un enfant de la rue va naitre un enfant de la prostitution.
Plus tard Edu m’explique que toujours ils donnent rendez vous à ces gamines,
que jamais elles ne viennent mais qu’on va voir.
Plus tard les jeux se font, les dames, la bataille…
Et puis les gamins se dispersent en tous sens. Que pasa ?
Les flics débarquent. C’est la Batida.
A quelques mètres, un camion à ciel ouvert
enfourne les enfants comme du bétail.
Sirènes et girofards se propagent dans la rue.
Une petite vient se cacher dans mon dos, elle sera engloutie avec les autres.
Sa mini jupe et son décolleté l’on trahit.
Nous sommes encerclés, filmés, photographiés, et la petite embarquée.
Au loin, un jeune en cavale dans l’avenue,
deux motards et six flics au cul,
Il sera menotté et balancé comme un chien à l’arrière du 4×4.
La rue s’est vidée, le silence fait place,
nous nous effaçons, la face interdite.
J’apprendrai que les mineurs vont être libérés dans la nuit,
que les majeurs ou ceux qui consument iront faire un tour en prison,
je saurai que la Batida fut ” calme “, qu’elle put être plus agressive.
Le commissariat est à deux rues de Grau, le palais de justice dans les environs.
Lima a changé de maire depuis début janvier,
On sait que tout nouveau pouvoir a besoin d’affirmer son identité,
c’est dire : les rafles ne sont pas prêtes de cesser.

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