El Ombligo

On m’a vendu Cuzco à tous les coins de rue,
à chaque conversation animée sur les trésors du Pérou.
Cuzco est un joli point de départ pour le Machu Pichu.
Le grand centre voit ces rues pavées
foulées par autant d’étrangers que de cusquéniens autochtones.
Les premiers raquent tout ce qu’ils peuvent,
les second encaissent le métal précieux.
Affublés de leurs plus beaux apparats traditionnels,
il suffira de quelques minutes
à une mère et son enfants,
à une gamine et son mouton,
à une grand mère et son lama,
pour repérer le gringo et son appareil photo,
et mettre en vente son image en échange de quelque plate monnaie.
- fotos ?….. fotos ? ….
A qui veut payer l’image que le Pérou veut bien donner de lui,
à qui aura la plus belle carte postale dans son boitier,
à qui mieux mieux…
Je ne marche pas dans la combine, pas à moi,
- NO gracias !!
Le concept d’éco-tourisme de masse ne me surprend plus,
et je suis bien obligée de constater que j’en fais partie.
De même, j’inclue dans “tourisme”,
le volontaire qui vient faire une mission de deux mois dans une ONG,
ego-touriste, passif et consommateur, il a beau venir avec son éthique en poche,
il altère aussi saveurs et coutumes locales.
Si celui ci peut se vanter de ne pas jeter à tout va ses bouteilles en plastique,
d’acheter un artisanat équitable en voyageur responsable
ou de travailler à l’amélioration de l’habitat,
il n’en est pas moins évident que son argent a modifié
le comportement d’une ville entière dans le sud du Pérou.
Dégradation du climat social et de la culture locale en sont les externalités négatives.
Je vis chez l’habitant, plus exactement chez l’expatrié en mission pour quelques années.
Il me suffit de peu de temps pour me rendre compte
que Cuzco déprécie Lima et inversement.
Une copie conforme du couple Paris Marseille.
Au bout de quelques heures,
je jauge la relation que les cusquéniens-expats
entretiennent entre eux…
C’est à ça que l’on reconnaît une petite ville :
l’ennemie de mon ami est mon ennemi aussi.
Ainsi se forme les groupes, médisances, rapportages et jalousies
et sont valeurs nourricières du quotidien de ces petites bourgades.
Et les averses jalonnent mes journées humides et les pavés glissent.
Il me reste encore l’espoir que le Machu Pichu,
quatrième merveille du monde, me laisse pantoise,
me fasse oublier, que, pendant ce temps, je ne sois pas auprès des enfants de Lima,
et que je perde mon temps et mon argent dans un Pérou déjà transfiguré.
(oui, cette chère cité incas coute les yeux de la tête !!)

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